Les sous-marins de la Marine nationale
Par Guillaume BERTIN – secrétaire général de l’association du Mémorial des bunkers de Pignerolle
La Marine nationale française possède une longue tradition sous-marine, remontant au début du XXᵉ siècle. Au fil du temps, les sous-marins ont été conçus pour répondre à des besoins variés : dissuasion nucléaire, missions tactiques ou expérimentations technologiques. Aujourd’hui, on peut regrouper l’ensemble des sous-marins français en quatre grandes catégories principales : les SNLE, les SNA, les sous-marins d’attaque conventionnels et les sous-marins croiseurs.
Les SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs-d’Engins)
Les origines des SNLE
La mise en place d’une flotte de SNLE découle de la décision du président de la République, le général de Gaulle, prise dans les années 50 de mettre en œuvre une stratégie de dissuasion nucléaire autonome, indépendante des États-Unis, en développant des capacités de frappe nucléaire capables de prévenir toute attaque contre les intérêts nationaux français.
Leurs rôles opérationnels
Les SNLE sont au cœur de la dissuasion nucléaire française. Leur mission principale est de rester immergés en permanence. Par leur patrouilles furtives en haute mer, ils permettent le maintien permanent d’une capacité de riposte nucléaire et sont le garant de la dissuasion nucléaire française en protégeant où que ce soit sur les océans les intérêts de la France face aux menaces internationales.
Leurs caractéristiques principales
- Propulsion : nucléaire, ce qui leur offre une autonomie quasi illimitée et la possibilité de rester en plongée pendant plusieurs mois.
- Taille : très grands sous-marins, capables d’emporter plusieurs missiles balistiques intercontinentaux.
- Armement : missiles nucléaires exclusivement, sans canon ni autre armement de surface.
- Équipage : plusieurs dizaines de marins spécialisés dans la navigation, la propulsion nucléaire et le lancement de missiles.
Les grandes classes de SNLE de la Marine Nationale
- Classe Le Redoutable, composée de 6 bâtiments dont le SNLE Le Redoutable qui furent en service entre 1971 et 1996.
- Classe Le Triomphant, constituée de 4 bâtiments toujours en service actuellement (depuis 1986).
A l’horizon 2035 (1ère mise en service), 4 nouveaux bâtiments dit SNLE de 3ème génération remplaceront la Classe Le Triomphant. Ils emporteront une version améliorée du missile balistique M51 (M51.4) et connaîtront une évolution au niveau du réacteur nucléaire.

Le SNLE Le Redoutable | Marine Nationale
Les sous-marins d’attaque conventionnels
Les sous-marins d’attaque conventionnels constituent, avant l’arrivée de la propulsion nucléaire, l’ossature de la force sous-marine de la Marine nationale. Utilisant une propulsion diesel-électrique, ils ont été conçus pour des missions tactiques, principalement défensives, dans les approches maritimes et les zones côtières, avant d’être progressivement remplacés par les SNA à propulsion nucléaire. Leur conception a permis de poser les bases technologiques et opérationnelles des sous-marins modernes.
Leurs rôles opérationnels
Les sous-marins d’attaque conventionnels sont destinés à la lutte anti-sous-marine, l’attaque de navires de surface, la surveillance et la protection des approches maritimes ainsi que des misions de patrouille et d’entraînement
Ils jouent un rôle essentiel dans la défense maritime et complètent l’action des sous-marins nucléaires.
Leurs caractéristiques principales
Propulsion : diesel-électrique
Navigation en surface ou au schnorchel pour recharger les batteries
Navigation en plongée sur batteries, très silencieuse à faible vitesse
Autonomie : limitée par la capacité des batteries et les réserves de carburant
Armement : torpilles (et parfois mines navales)
Discrétion : excellente à basse vitesse, mais vulnérabilité accrue lors de la recharge des batteries
Taille : inférieure à celle des sous-marins nucléaires
Équipage : plus réduit que sur les SNA ou SNLE (entre 41 et 54 hommes).
Les grandes classes
- Classe Agosta (années 1970-2001) comprenant 4 bâtiments : Agosta (S620), Bévéziers (S621), La Praya (S622), Ouessant (S623).
- Classe Aréthuse (années 1950–1970) constituée de 4 bâtiments : Aréthuse (S635), Argonaute (S636), Amazone (S639), Ariane (S640).
- Classe Daphné (années 1960–1990), composée de 9 bâtiments : Daphné (S641), Diane (S642), Doris (S643), Eurydice (S644), Flore (S645), Galatée (S646), Minerve (S647), Junon (S648), Vénus (S649), Psyché (S650), Sirène (S651).
La classe Daphné est particulièrement notable pour ses performances acoustiques et son succès à l’export, plusieurs unités ayant été utilisées par des marines étrangères.

Le sous-marin d’attaque conventionnel le Daphné
Les SNA (Sous-marins nucléaires d’attaque)
Les SNA sont des sous-marins tactiques destinés à des missions offensives et défensives : lutte anti-sous-marine, attaque de navires de surface, collecte de renseignements, et protection des SNLE. Il sont également engagés pour la protection des navires de la Marine Nationale en mission tel que le porte-avions Le Charles de Gaulle.
Leurs rôles opérationnels
Les SNA contribuent à la protection des zones maritimes françaises et des SNLE. Il participent à des opérations de forces spéciales et missions clandestines. Enfin, ils emportent avec eux une capacité de frappe conventionnelle à longue distance importante.
Leurs caractéristiques principales
Propulsion : nucléaire, offrant vitesse et autonomie.
Armement : torpilles et missiles de croisière.
Maniabilité : plus petits et plus rapides que les SNLE, adaptés à des missions tactiques variées.
Capacité de renseignement : peuvent embarquer des équipements de surveillance et de renseignement.
Les grandes classes des SNA de la Marine Nationale
Classe Rubis (1983–1993) : 6 unités, premiers SNA français opérationnels. ; Rubis (S601), Saphir (S602), Casabianca (S603), Émeraude (S604), Améthyste (S605), Perle (S606).
Classe Suffren (2020–présent) : 6 unités prévues, modernes et polyvalentes, capables de missions classiques et spéciales. ; Suffren (S635), Duguay-Trouin (S636), Tourville (S637), De Grasse (S638) (livraison prévue en 2026), Rubis (S639) (livraison prévue en 2028), Casabianca (S640) (livraison prévue en 2029).

Le SNA Suffren au large de Barfleur. | Marine Nationale
Les sous-marins croiseurs
Leurs rôles opérationnels
Les sous-marins croiseurs avaient plusieurs rôles et missions.
Il pouvaient notamment attaquer de gros navires de surface avec un armement puissant, comparable à celui d’un croiseur (canons de gros calibre) Ainsi, leur capacité à pouvoir affronter de gros navires pouvaient être un facteur dissuasif pour les ennemis. Leur capacité à pouvoir s’immerger était un de leur atout afin de pouvoir approcher l’ennemi discrètement, contrairement à un croiseur classique qui navigue en surface. Les sous-marins croiseurs pouvaient également tester des innovations en matière de sous-marin telles que de l’armement lourd embarqué, la capacité à transporter un petit avion pour la reconnaissance.
Enfin, en ce qui concerne les missions, les sous-marins croiseur étaient en capacité d’effectuer des missions de croisière longue distance, avec une autonomie étendue.
Le représentant emblématique pour les sous-marins croiseurs français est Le Surcouf.

Le sous-marin croiseur Le Surcouf
Sources
- Biaggi, C., & Carroué, L. (2020). Dossier : Océans et mondialisation Affirmer sa puissance : forces sous-marines et dissuasion nucléaire, enjeux géographiques et géostratégiques sur Géoconfluences.
- Boulaire, A., & Forissier, P.-F. (2011). La Marine française : de la Royale de Richelieu aux missions d’aujourd’hui. Palantines.
- Descamps, P. (2025). Sous-marins français : 150 ans sous les mers. Ed. du triomphe.
- Dupont, F. (2019). Commandant de sous-marins : du “Terrible” au “Triomphant”, la vie secrète des sous-marins. Éditions Autrement.
- Guierre, M. (1952). L’épopée du Surcouf et le commandant Louis Blaison. Bellenand.
- Huan, C. (2011). Le croiseur sous-marin “Surcouf” : 1926-1942 (2e éd). Marines éd.
- Meyer, J., & Acerra, M. (1994). Histoire de la marine française : des origines à nos jours. Ed. Ouest-France.
- Laisney, A. (2012). Le “Redoutable” & l’histoire des techniques des sous-marins. Marines éd.
- Monaque, R. (2016). Une histoire de la marine de guerre française. Perrin.
- Pellicer, R., & Titwane. (2024). Le Vigilant, immersion à bord d’un sous-marin nucléaire. Edition de La Martinière.
- Roche, J.-M. (2005). Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours. J.-M. Roche.
- Vergé-Franceschi, M., Kessler, J., & Acerra, M. (2002). Dictionnaire d’histoire maritime. R. Laffont.

Travail labélisé
