Le Redoutable (S611)
Par Alain BENOIST, administrateur, & Guillaume BERTIN, secrétaire général de l’association du Mémorial des bunkers de Pignerolle.
Rôles et missions
Le sous-marin Le Redoutable était un SNLE (Sous-marin Nucléaire Lanceur d’Engins) affecté à la Force Océanique Stratégique (FOST) de la Marine nationale française. Sa mission principale était d’assurer la dissuasion nucléaire stratégique depuis la mer.
Le , le premier tir Onagre d’un missile stratégique M1E a eu lieu à partir du Redoutable en plongée.
Il effectue sa première patrouille opérationnelle à partir du 28 janvier 1972, marquant le début des missions opérationnelles françaises de SNLE.
Par la suite, ses patrouilles ont constitué à naviguer en plongée très longtemps (plusieurs semaines) dans l’Atlantique Nord et les zones stratégiques, tout en restant furtif et prêt au lancement en cas de crise majeure. Invisible aux radars et très discret, il assurait la présence de la France tout au tour du monde ainsi que la dissuasion nucléaire française et était constamment prêt à défendre les intérêts de la France quel que soit l’endroit sur les mers et les océans.
Comme sur les autres SNLE, deux équipages de 135 hommes chacun, (120 hommes et 15 officiers), les « Bleus » et les « Rouges » se relayait afin que le bâtiment soit opérationnel en tout temps.
Fin de carrière et transformation en navire-musée
Le , Le Redoutable est donné par le ministère de la Défense à la Communauté urbaine de CHERBOURG afin de constituer un élément important de l’attractivité de la Cité de la Mer et de contribuer à son développement.
C’est 29 avril 2002, après quelques travaux d’adaptation que le SNLE Le Redoutable, transformé en musée, a été ouvert aux visiteurs au sein de la Cité de la Mer, à CHERBOURG-OCTEVILLE. Ce musée met en valeur l’histoire de la propulsion nucléaire navale, l’exploration des profondeurs marines et le rôle de la Force océanique stratégique
Le 1er de la Classe
Le Redoutable est le premier des 6 bâtiments qui constituent la classe qui lui est éponyme. Cette dernière étant composée du :
- S 612 Le Terrible (1973-1996)
- S 610 Le Foudroyant (1974-1998)
- S 613 L’Indomptable (1976-2003)
- S 614 Le Tonnant (1980-1999, premier sous-marin équipé de M2)
- S 615 L’Inflexible (1985-2008, premier sous-marin équipé de M4)
La Classe Le Redoutable a été remplacée par la Classe Le Triomphant dont les bâtiments construits entre 1986 et 2008 sont de nos jours toujours en service. Il s’agit de Le Triomphant (S616), Le Téméraire (S617), Le Vigilant (S618) & Le Terrible (S619).
Quelques chiffres clés
20 ans de service actif (1971-1991)
51 patrouilles de dissuasion accomplies
Chaque patrouille durait environ 70 jours
Plus de 90 000 heures de plongée et environ 1 270 000 km parcourus — l’équivalent de faire le tour de la Terre 32 fois !
Fiche technique
| Type de navire | Sous-marin nucléaire lanceur d’engins |
|---|---|
| Mise en service | Quille posée fin 1964 Lancement le 29 mars 1967 Armé le 1er décembre 1971 |
| Dimensions (longueur/maître-bau) | 128,7 mètres/10,6 mètres |
| Propulsion et puissance | 1 réacteur à eau pressurisée de 100 MW 1 groupe turboréducteur 1 hélice à 5 puis 7 puis 11 pales 1 moteur électrique auxiliaire alimenté par 2 Diesel-alternateurs SEMT-Pielstick 8 PA V 185 de 750 kW chacun (combustible embarqué pour une autonomie de 5 000 nautiques) Puissance maximale 2 × 12 000 CV |
| Vitesse maximale | 25 nœuds (46,3 kilomètres/heure) en plongée |
| Autonomie | Rayon d’action illimité ; 65 jours de vivres |
| Armement & détection | Armement 16 missiles MSBS (missile mer-sol balistique stratégique) à tête nucléaire 4 tubes lance-torpilles de 533 mm avec 18 torpilles L 5, F 17 et missiles Exocet Détection |
| Equipage | 135 sous-mariniers |
| Chantier naval | Arsenal de CHERBOURG |
Une veille en mer de tous les instants
Depuis 1972, la France maintient en permanence au moins un SNLE en patrouille, 24 heures sur 24 et 365 jours par an permettant la défense des intérêts de la France, d’assurer la dissuasion nucléaire française et de permettre une riposte rapide en cas d’agression. .
Chaque sous-marin embarque seize missiles stratégiques, dont le lancement ne peut être autorisé que par le président de la République, capables d’atteindre 96 cibles avec des effets égaux à plusieurs centaines de fois ceux des bombardement des villes d’HIROSHIMA et de NAGASAKI (Japon).
Sources
- Boulaire, A., & Forissier, P.-F. (2011). La Marine française : de la Royale de Richelieu aux missions d’aujourd’hui. Palantines.
- Laisney, A. (2012). Le “Redoutable” & l’histoire des techniques des sous-marins. Marines éd.
- Meyer, J., & Acerra, M. (1994). Histoire de la marine française : des origines à nos jours. Ed. Ouest-France.
- Monaque, R. (2016). Une histoire de la marine de guerre française. Perrin.
- Perchoc, M. (2009). Renaissance navale : les nouveaux navires de surface français. Marines Editions.
- Roche, J.-M. (2005). Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours. J.-M. Roche.
- Vergé-Franceschi, M., Kessler, J., & Acerra, M. (2002). Dictionnaire d’histoire maritime. R. Laffont.

